Notes d’atelier

Le cyanotype sur textile

C’est la voie royale vers le grand format : un lé de coton coûte une fraction d’un papier équivalent, se roule, se transporte et se tend. Mais le textile ne se comporte pas comme du papier, et trois différences décident du résultat.

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Différence 1 — la fibre doit être naturelle

Le bleu de Prusse s’accroche à la cellulose. Sur coton, lin, chanvre ou ramie, il se forme dans la fibre et y reste. Sur polyester ou sur un mélange, il n’a rien à quoi se lier : l’image paraît correcte au sortir du bain, puis part au premier lavage.

La soie fonctionne, mais différemment — c’est une protéine, pas une cellulose. Le rendu est plus clair, plus froid, et la tenue moins bonne. À réserver aux pièces qu’on ne lavera pas.

Un mélange à 20 % de synthétique donne un tirage à 80 % de densité qui vieillit mal. Sur le textile, il n’y a pas de demi-mesure : 100 % naturel, ou rien.

Différence 2 — il faut décreuser avant

Les tissus du commerce sortent d’usine avec des apprêts : amidons, adoucissants, agents anti-froissement, parfois azurants optiques. Tout cela forme une barrière entre la solution et la fibre. La chimie reste en surface, l’image est pâle et irrégulière, et on croit à un problème de pose.

Un lavage à chaud sans adoucissant suffit dans la plupart des cas, avant toute enduction. Pour un textile épais ou visiblement apprêté, deux passages valent mieux qu’un. Le tissu doit être parfaitement sec avant l’enduction — un textile encore humide fait migrer la solution et brouille les contours.

Différence 3 — le tissu boit

Un papier bien encollé retient la solution en surface. Un textile l’absorbe et la laisse traverser. Trois conséquences pratiques :

  • Il faut plus de solution qu’à surface égale sur papier, et une enduction plus régulière — au pinceau large ou à la raclette.
  • Protéger le plan de travail. La solution traverse et marque tout ce qui se trouve dessous. Un film plastique, et rien d’autre en dessous.
  • Le temps de pose s’allonge. Une partie de la chimie se trouve dans l’épaisseur du tissu, où elle reçoit moins d’UV.

Le lavage, l’étape qui décide de tout

C’est là que se joue la durabilité, et c’est là qu’on rate le plus souvent. Le textile retient bien plus de chimie non insolée que le papier, et une pièce mal rincée continue de se dégrader dans le placard.

Étape Pourquoi
Rinçages successifs à l’eau froide Jusqu’à ce que l’eau reste parfaitement claire, sans trace de vert-jaune
Séchage à plat, à l’ombre Le soleil direct sur un tirage encore humide fait dériver la densité
Oxydation à l’obscurité, un à deux jours Comme sur papier : juger avant, c’est se tromper

Ensuite, un point à dire à qui reçoit la pièce : ne jamais laver avec une lessive ordinaire. Les lessives sont alcalines, et l’alcalinité détruit le bleu de Prusse. Lavage à la main, à l’eau froide, avec un savon neutre — ou, mieux, pas de lavage du tout pour une pièce d’accrochage.

Ce que le textile permet, et que le papier ne permet pas

Le grand format devient accessible : un lé de trois mètres se travaille au sol, se suspend, se drape. Le tissu accepte aussi la couture, la superposition, la transparence — un cyanotype sur voile de coton tendu devant une fenêtre n’a pas d’équivalent sur papier.

La contrepartie est la définition. La trame du tissu impose une limite au détail : une image très fine perdra ses subtilités. Le textile appelle des images graphiques, des contrastes francs, des formes lisibles à distance.

Le reste du protocole ne change pas : juger la pose à la couleur, et surtout éviter tout ce qui est alcalin — sur textile, cette précaution devient une consigne d’entretien à transmettre.

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