Procédé / 1842

Le cyanotype, étape par étape

Le cyanotype est un procédé photographique au fer, mis au point par John Herschel en 1842. Il n’emploie ni argent ni révélateur : la lumière du soleil suffit à former l’image, et l’eau claire suffit à la fixer. C’est ce que nous pratiquons à l’atelier, et voici exactement ce qui se passe sur le papier.

01 — Enduire la surface

Deux solutions sont préparées séparément puis mélangées à parts égales juste avant usage, parce que le mélange ne se conserve pas :

Solution Composition Couleur
A Citrate de fer ammoniacal vert, environ 25 % vert olive
B Ferricyanure de potassium, environ 10 % ambre orangé
A + B Mélange étalé au pinceau, puis séché à l’obscurité vert-jaune

Une fois sec, le papier est d’un vert-jaune moutarde, et les traces du pinceau restent visibles. Elles font partie de l’image : c’est la première signature du tirage à la main, et deux feuilles enduites le même jour ne se ressemblent jamais tout à fait.

Le support compte autant que la chimie. Un papier chiffon sans azurant optique, bien encollé, retiendra la solution en surface et donnera des noirs profonds ; un papier trop absorbant la laissera migrer dans la masse et le bleu restera terne.

02 — Composer l’empreinte

Le cyanotype est un procédé par contact : il n’y a pas d’agrandisseur. Ce qu’on pose sur la feuille se dessine à l’échelle 1. Un négatif imprimé sur transparent, des objets, des végétaux, des découpes opaques — tout ce qui arrête les ultraviolets devient blanc.

C’est un procédé négatif : les zones protégées de la lumière resteront claires, les zones exposées deviendront bleues. Un négatif numérique doit donc être inversé avant impression, et il lui faut une densité bien supérieure à celle d’un tirage argentique classique, parce que l’échelle de tons du cyanotype est longue.

03 — Exposer aux ultraviolets

Sous rayonnement UV-A, autour de 365 nm, le fer ferrique de la couche est photoréduit en fer ferreux. C’est un procédé dit à noircissement direct : l’image apparaît pendant l’insolation, et sa couleur indique où en est la pose.

Vert-jaune → bronze kaki → gris-brun ardoise. Quand les ombres virent au bronze argenté et les hautes lumières au gris-bleu, la pose est faite.

Le temps varie énormément : quelques minutes en plein soleil d’été, jusqu’à une heure par ciel couvert, et une durée constante sous une insoleuse à LED UV. C’est pourquoi on juge à la couleur plutôt qu’au chronomètre, et pourquoi une bande d’essai reste le meilleur investissement de la séance.

04 — Rincer

La plaque passe sous l’eau claire. Deux choses arrivent en même temps, et c’est le moment le plus spectaculaire du procédé :

  • Sous les zones protégées, la chimie n’a pas réagi : elle part entièrement à l’eau et laisse le papier nu. L’eau de rinçage se teinte de vert-jaune.
  • Dans les zones insolées, le fer ferreux réagit avec le ferricyanure et forme du bleu de Prusse, un pigment insoluble. Il reste.

À la sortie du bain, le bleu est encore pâle et grisâtre. C’est normal, et c’est la principale source d’inquiétude des débutants.

05 — Révéler

L’oxydation à l’air densifie le pigment. Le tirage passe d’un gris-bleu délavé à un bleu profond en quelques heures, et atteint sa couleur définitive en un à deux jours à l’obscurité. Un bain très dilué de peroxyde d’hydrogène permet d’obtenir ce résultat en quelques secondes, au prix d’un bleu parfois un peu plus froid.

Le bleu de Prusse est un pigment stable — c’est le même que celui des bleus de travail et des estampes du XIXe siècle. Un cyanotype bien lavé, monté sur papier neutre et tenu à l’écart de la lumière directe, se conserve sans virer.

Pourquoi ce bleu, et pas un autre

Le bleu de Prusse est un ferrocyanure ferrique. Sa structure absorbe presque tout le spectre visible sauf la bande bleue, d’où cette densité particulière qui paraît noire dans les ombres et presque cyan dans les demi-teintes. Aucun encrage numérique ne le reproduit exactement, parce qu’il ne s’agit pas d’une encre déposée sur le papier mais d’un pigment formé dans ses fibres.

Ce que ça change pour une commande

Le procédé impose deux contraintes qu’il vaut mieux connaître avant de lancer un projet. D’abord le format : sans agrandisseur, la taille de l’œuvre est celle du négatif, donc un grand format demande un négatif grand format. Ensuite l’unicité : chaque tirage est enduit et insolé à la main, et deux exemplaires d’une même image ne seront jamais rigoureusement identiques. C’est une limite si l’on cherche la reproductibilité, et c’est l’intérêt du procédé dans tous les autres cas.

Le détail des questions pratiques — délais, formats, conservation, encadrement — est rassemblé sur la page FAQ. Les notes d’atelier, les essais et les ratés instructifs sont dans le journal.

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